J’arrive sur cette course avec 1.677 km avalée depuis le moment où j’ai décidé de me mettre à la course à pied. Cette course finalise un été que j’ai voulue chargé pour observer l’adaptation de mon corps. Avait donc lieu en amont du Tour de la Gela : l’UBBC et le Trail des Gabizos .
Le Grand Raid des Pyrénées est aussi une occasion de se confronter à un dénivelé plus important que les modiques montées-descentes parisiennes.
3.400 m de dénivelé positifs sont au programme.
Avant de prendre la route pour la vallée d’Aure, j’ assure une audience CNOSF en défense des intérêts d’un club de football qui s’était vu refuser l’accession en division supérieur après une saison remportée.
Après avoir retiré le dossard à Vielle-Aure en début d’après-midi direction la station de Piau-Engaly d’où la course sera lancée au petit matin le lendemain.
La station est plutôt calme, j’ai l’impression que la plus part des coureurs ont privilégié l’option de dormir plus bas dans la vallée et de montée avec le bus de l’organisation depuis Vielle Aure.
Je me laisse allé à une activation de veille de course sur la première difficulté de la course.
Le matin de la course
Le réveil sonne à 6h30 avec une impression que la nuit fût mauvaise. La montre confirme le doute. Au réveil, un peu comme sur la Skyrace des Gabizos, une impression de ne pas -encore- savoir pourquoi je m’inflige ce genre d’épreuve.
Petit déjeuné composé d’une tartine à l’avocat et un œuf dur.
La bulle se forme autour de moi, la concentration d’avant-course s’installe. C’est cette même tension qui précède une audience, ce moment où l’on patiente dans la salle en mentalisant chaque étape de la plaidoirie. Ici, le tracé remplace les arguments : une montée sèche de 3,3 km jusqu’au sommet de la station, une descente vers le pont du Moudang, puis une ascension en deux temps, 10 km jusqu’au point culminant de la course. Viendra ensuite un ravitaillement clé, où je retrouverai mon assistance une dernière fois, avant une fin de course loin d’être anodine.
7h45 je quitte le logement et me dirige vers la ligne de départ.
Un dernier salut à l’assistance sur la ligne de départ et TOP ! Le menu était connu : on remonte une piste de ski, rien que ça
PIAU / 0 km / 0m D+ / Classement : 0 / Temps de Course : 0h0
N’étant pas un grand habitué des longues montées, j’avais tablé sur une montée en 45 mins. Ce temps donné un passage prévisionnel au premier point de ravitaillement à la 150e place.
La montée se passe en petite foulée sur les rares parties qui font moins de 15%, en grande partie en marche active et en marchant avec les mains sur les genoux sur les parties les plus verticales.
Au sommet, j’ai la sensation d’avoir fait une montée correcte. Le temps de passage est conforme et je n’ai pas trop tapé dans mon stock.
La descente s’annonce plaisante, mais elle se révèle bien moins roulante que prévu. La piste de ski, jonchée de rocailles instables, rend toute foulée incertaine. Impossible de vraiment dérouler, chaque appui doit être mesuré.
La descente s’effectue tout de même à un rythme appréciable. Par endroits, certains coureurs plus aguerris filent tout droit, indifférents à la raideur de la pente. Leur aisance est fascinante à observer.
PIAU / 6,5 km / 657 m D+ / Classement : 85e / Temps de Course : 1h03
J’arrive au premier ravitaillement en 1h03. Encore frais, j’attrape un morceau de pastèque et je remplis une flasque vide que j’avais préparée avec une boisson d’effort.
Je me dis que 500 ml suffiront pour avaler ces 9 Km et 800 D- jusqu’au Pont du Moudang.
Sur cette section je me rappelle avoir de bonnes sensations de descente sans pour autant reprendre d’autres coureurs
À plusieurs reprises, la route croise le tracé de la course, offrant à mon équipe d’assistants l’occasion de donner de la voix. À ces moments-là, les coureurs autour de moi ne manquent pas de me faire remarquer la chance que j’ai d’avoir un tel soutien.
J’arrive au ravitaillement en bonne forme. Mon assistance s’affaire à remplir mes flasques vides, une tâche qui s’avère aussi laborieuse qu’amusante : six personnes pour trois flasques ! J’attrape deux morceaux d’abricot, un verre de Coca, et hop, me voilà reparti sur le chantier.
Pont de Moudang/ 15,3 km / 874 m D+ / Classement : 85e / Temps de Course : 2h01
Cette section est pharamineuse 10 km de montée sèche avec 1.500 m de D+.
Avant la course je m’étais coupé la portion en 2 :
⁃ Du Pont du Moudang aux Granges 5,3 km et 465 m de D+ ;
⁃ Granges au Port de Bataillence 5,6 km et 925 m de D+.
Dans mon esprit, j’espérais pouvoir courir la première partie et ne pas trop souffrir sur la seconde.
Cette première section est composée d’une piste carrossable qui monte régulièrement est permet effectivement de trottiner légèrement.
Avec ma petite allure, je rattrape pas mal de coureurs sans trop de difficulté, ça permet d’entretenir le moral
Je boucle la section jusqu’au Grange en 47 minutes.
Virage à droite aux granges, et le ton est donné d’emblée : la montée sera vertigineuse.
À ce moment-là, l’absence de bâtons me traverse l’esprit : une bonne fausse mauvaise idée ou une mauvaise fausse bonne idée ?
Les allers-retours dans les côtes parisiennes font le travail mais cela n’a rien à voir avec la puissance dégagée par les coureurs bâtonnées.
Dans cette deuxième partie de la montée du Moudang, j’observe autour de moi une quasi-totalité de coureurs équipés de deux membres supplémentaires.
Cette deuxième partie sera aussi l’occasion pour moi de tester le réapprovisionnement en eau directement à la source.
Il ne m’a pas fallu longtemps pour me laisser convaincre de boire et recharger mes flasques avec de l’eau bien fraîche du Neste du Moudang.
Malgré les paysages grandioses, notamment au sommet du Port Bataillence, cette montée m’a achevé.
On passe la bascule pour rejoindre le 2e ravitaillement assisté, après 3,4 km de descente.
À l’approche du ravitaillement, une clameur monte au loin. J’arrive au pit stop et retrouve mon assistance, enjouée. À peine le temps d’exprimer mon état qu’on m’annonce : “Tu es dans les 50 premiers !”
Je n’ai pas vraiment le temps de digérer la nouvelle que déjà, il faut repartir. J’avale rapidement quelques bouchées, puis je reprends la route sans traîner.
Pont de Moudang/ 15,3 km / 874 m D+ / Classement : 85e / Temps de Course : 2h01
Un mur s’élève devant moi. La pente est si rude que les mots peinent à traduire l’effort. Parmi les trois kilomètres qui me mènent à Port Vieux, l’un d’eux me demandera près de 28 minutes à lui seul. Le soleil, au zénith, écrase tout sur son passage, ajoutant une couche d’épuisement à l’effort déjà colossal.
Port Vieux 32,9 km / 3.041 m D+ / Classement : 53e / Temps de Course : 6h12
À ce moment-là, une concurrente me rattrape. Je profite de son rythme pour me caler dans son sillage sur la maigre portion de crête où, malgré le terrain chaotique, on parvient tout juste à trottiner.
La dernière grosse montée ne laisse pas un souvenir marquant, si ce n’est cette scène un peu surréaliste en haut du col : un CRS posté là, en mission de surveillance, nous regarde passer comme si nous étions une procession d’acharnés venus d’un autre monde.
La descente suivante, elle, redonne un peu d’élan. Elle est fluide, agréable, presque roulante par endroits. J’aperçois quelques coureurs disséminés au loin, que je rejoindrai bientôt. La traversée du petit lac sur le parcours offre une parenthèse bienvenue : l’eau fraîche vient réveiller les jambes et l’esprit pour les derniers efforts.
Encore un dernier passage de col, au 41e kilomètre, puis s’amorce la longue descente finale : d’abord sur un sentier de montagne un peu technique, puis sur les pistes de ski empruntées au départ, désormais baignées d’une lumière de fin de journée.
À l’arrivée, la fatigue est bien là, mais surtout une immense satisfaction. Ce premier grand effort restera comme une étape importante, une fierté personnelle que rien n’efface.
Arrivée Piau / 46 km / 3.841 m D+ / Classement : 54e / Temps de Course : 8h45
